dimanche, janvier 17, 2016

Iran : l'accord nucléaire entre en vigueur, levée des sanctions internationales.

Source : Les Échos du 17 janvier 2016

 L'accord nucléaire historique entre l'Iran et les grandes puissances est entré en vigueur samedi 16 janvier 2016, entraînant une levée des sanctions économiques qui frappaient depuis des années cette puissance régionale aux riches ressources pétrolières et gazières.

Six mois après la conclusion de l'accord nucléaire de Vienne, au terme d'un long marathon diplomatique, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a certifié que Téhéran avait bien respecté toutes ses obligations destinées à garantir la nature strictement pacifique de son programme nucléaire, mettant fin à un contentieux de plus de treize ans.

L'AIEA a attesté samedi que Téhéran a réduit comme convenu le nombre de ses centrifugeuses permettant d'enrichir de l'uranium, et envoyé à l'étranger la quasi-totalité de son stock d'uranium faiblement enrichi. En outre, l'agence a établi que l'Iran a bien, comme il s'y est engagé, retiré le coeur de son réacteur à eau lourde d'Arak et bétonné une partie de l'installation, de façon à ne plus pouvoir y fabriquer de plutonium de qualité militaire.

« Succès historique »

« L'Iran ayant rempli ses engagements, aujourd'hui, les sanctions économiques et financières multilatérales et nationales liées au programme nucléaire iranien sont levées », ont annoncé dans la foulée les chefs de la diplomatie de l'Union européenne, Federica Mogherini, et iranienne, Mohammad Javad Zarif, dans une déclaration commune à Vienne.

Les Etats-Unis, l'Union européenne et l'ONU ont précisé que cette décision avait un effet immédiat. Le président iranien Hassan Rohani a immédiatement salué une « victoire glorieuse » pour le « peuple » iranien. « Aujourd'hui (...) le monde entier est plus sûr car la menace des armes atomiques a été réduite », s'est félicité à Vienne le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, l'un des principaux artisans, avec M. Zarif, de cet accord.

Samedi, tous deux ont encore mené d'intenses discussions dans la capitale autrichienne où avait été conclues les négociations le 14 juillet 2015. Au final, il s'agit « d'un succès historique de la diplomatie », a relevé le ministre allemand des Affaires Etrangères, Frank-Walter Steinmeier.

Couper « le cordon ombilical » avec le pétrole

Le président iranien Hassan Rohani a appelé de ses voeux dimanche la mise en place de réformes économiques et à limiter la dépendance de l'Iran aux hydrocarbures. Hassan Rohani, qui présentait au Parlement le projet de budget pour la prochaine année fiscale iranienne qui commence le 21 mars, a déclaré aux députés que la baisse des cours du pétrole était la meilleure raison de couper « le cordon ombilical » avec le pétrole.

Le président a estimé que l'entrée en vigueur de l'accord nucléaire et la levée progressive des sanctions contre son pays était « une page en or » et un « tournant » dans l'histoire du pays.

Un avis que ne semble pas partager le vice-ministre iranien du Pétrole, qui a annoncé dimanche que l'Iran était prêt à relever ses exportations de pétrole de 500.000 barils par jour.

Le retour de l'Iran sur un marché du pétrole déjà très encombré est l'un des facteurs ayant contribué à la baisse des cours de l'or noir, qui sont tombés à moins de 30 dollars le baril cette semaine pour la première fois en 12 ans.

Les Bourses du Golfe en chute

Les Bourses des monarchies pétrolières du Golfe ont fortement chuté dimanche, plombées par la baisse des prix du brut et la perspective du retour de l'Iran sur le marché. La Bourse saoudienne, la plus importante des pays arabes, a chuté dimanche de 6,5% après avoir ouvert à -5,5%. Les places de Dubaï et du Qatar ont cédé jusqu'à 6% chacune dimanche, avant de remonter légèrement. 


Libération de prisonniers

Autre signe de détente : Téhéran et Washington, qui ont rompu leurs relations diplomatiques en 1980, ont annoncé dans la même journée la libération de quatre Irano-américains détenus en Iran, dont le journaliste du Washington Post Jason Rezaian, en échange de sept Iraniens détenus aux Etats-Unis. Cet échange de prisonniers sans précédent a été « accéléré » par les négociations sur le nucléaire, a déclaré le secrétaire d'Etat américain John Kerry.

Un haut responsable américain a précisé samedi soir que les quatre prisonniers libérés par Téhéran n'avaient pas encore quitté le territoire iranien. « Il y a un certain nombre de mesures logistiques à prendre », et « nous nous efforçons que cela soit terminé aussi vite que possible », a déclaré ce responsable sous le couvert de l'anonymat.

Vigilance de « chaque heure »

Cet accord, négocié par l'Iran et le groupe 5+1 (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine et Allemagne), est considéré comme un résultat majeur de politique étrangère pour le président américain Barack Obama ainsi que pour son homologue iranien.

Il est aussi interprété comme l'amorce d'un rapprochement entre les Etats-Unis et l'Iran, une évolution qui met en rage les alliés traditionnels de l'Amérique dans la région - Arabie saoudite et Israël en tête -, qui redoutent l'influence de la puissance chiite.

L'Etat hébreu a réagi samedi en affirmant que Téhéran n'avait « pas abandonné ses ambitions de se doter d'armes nucléaires ». A Paris, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a indiqué espérer un même « esprit de coopération » pour « tous les enjeux régionaux ». Le ministre allemand des Affaires Etrangères, Frank-Walter Steinmeier, a salué « un succès historique de la diplomatie ».

Les milieux économiques se tiennent prêts depuis plusieurs mois à revenir en Iran, un pays qui dispose des quatrièmes réserves de brut au monde, et des deuxièmes de gaz. Membre de l'Opep, il peut désormais exporter à nouveau librement son pétrole.

Une levée des sanctions étalée sur dix ans

La levée de l'intégralité des sanctions sera échelonnée sur dix ans, et durant 15 ans les mesures pourront être automatiquement rétablies en cas de manquements de Téhéran. L'Iran a accepté de se soumettre à des inspections renforcées de l'AIEA, et le patron de l'agence, Yukiya Amano, sera dès dimanche dans la capitale iranienne.

Les embargos de l'ONU sur les armes conventionnelles et sur les missiles balistiques sont maintenus jusqu'en 2020 et 2023 respectivement. « Nous resterons vigilants pour vérifier que l'Iran respecte ses engagements chaque heure de chaque jour dans les années à venir », a averti M. Kerry.


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