samedi, juin 18, 2016

Un pays riche mais...

Avec ses gisements pétroliers et gaziers, l’Iran est un pays très riche en hydrocarbures. Mais dix ans de sanctions internationales ont mis son économie à genoux. Leur levée après l’entrée en vigueur de l’accord sur le nucléaire devrait permettre le retour de 28 milliards de dollars d’avoir gelés, mais sans garantie de redressement d’un système gangrené par des rivalités politiques et religieuses.

Assis sur 9% des réserves mondiales de pétrole et 18% des réserves mondiales de Gaz, l’Iran est indéniablement un pays riche en ressources énergétiques.
 
Mais dix années de sanctions et d’embargo en raison de son programme nucléaire, ajoutées aux dépenses considérables en soutien au régime syrien, au mouvement du Hezbollah libanais et plus récemment à la rébellion houthie au Yémen, ont sérieusement grevé son économie.

Les avoirs iraniens gelés à l'étranger revus à la baisse 
Résultat: dix millions de chômeurs sur une population de 80 millions, dont 70% en zone urbaine, que le gouvernement doit s'efforcer de résorber après l'accord intervenu avec les puissances mondiales sur son programme nucléaire .

De l’aveu même du président Rohani, «les sanctions n’existent plus, mais il y a encore un long chemin jusqu’au développement économique. Aujourd’hui, nos principaux problèmes sont le chômage et la récession», a-t-il prévenu.
 
En effet, le chiffre communément répandu de 100 milliards de dollars d’avoirs bloqués dans les banques internationales à dégeler a été revu à la baisse. Seuls «32 milliards seront libérés» selon Valiollah Seif, président de la banque centrale.
 
Et d’après les termes de l’accord sur le nucléaire, la levée de l’intégralité des sanctions sera échelonnée sur dix ans, avec le risque de les voir rétablies en cas de manquement de respect par Téhéran à ses engagements.

Le régime a augmenté la production pétrolière malgré le bas prix du brut 
Pour relancer la machine économique, à 80% publique, et développer des secteurs qui rendraient le pays moins dépendant du pétrole, le régime a ordonné l’augmentation de la production pétrolière de 500.000 barils par jour.
 
Un placebo dans un contexte de surproduction et de chute du prix du baril à moins de 30 dollars, mais obligatoire selon Rokneddine Javadi, chef de l’organisation nationale iranienne du pétrole (NIOC).
 
«Si l’Iran n’augmente pas sa production, a-t-il expliqué, les pays voisins pourraient augmenter la leur d’ici six mois à un an et prendre les parts du marché iranien.»
 
Des conflits d’intérêts qui minent le pouvoir iranien
Une manne qui reste insuffisante pour revitaliser un système nécessitant également des réformes structurelles en profondeurs, selon le FMI, pour éviter les problèmes d’une croissance économique négative (-0,6%), et un taux d’inflation élevé (aux alentours de 14%).

Par ailleurs, les efforts déployés par le président Rohani, avec l’appui du Guide suprême Ali Khamenei, pour obtenir la levée des sanctions et favoriser les investissements étrangers, risquent d’accentuer les conflits d’intérêts qui minent le pouvoir iranien.
 
Les privatisations, approuvées elles aussi par le Guide, «ont surtout profité au corps des Gardiens de la révolution, aux forces de sécurité de l’Etat et à des fondations financières et commerciales sous le contrôle du Guide suprême», selon l’écrivain-documentariste Bertrand Delais, auteur de l’ouvrage L’étrange Monsieur Rohani.

La mainmise du Guide suprême et des Gardiens de la révolution sur l'économie 
«Une privatisation en trompe-l’œil, écrit encore Bertrand Delais, qui a eu pour seul effet de permettre à Khamenei et aux gardiens de la révolution d’asseoir et d’élargir leur mainmise sur l’économie, poussant le secteur privé vers l’extinction.»
 
Dans un pays où une majorité de la population vit dans la pauvreté, où la classe moyenne connaît une forte érosion et où corruption et détournement de fonds sont monnaie courante, l’arrivée d’argent frais et d’investissements étrangers va très vite devenir l’enjeu des traditionnelles luttes de factions entre durs et modérés contrôlés par le Guide.
 
Une lutte dans laquelle le président Rohani pourrait être tenté de limiter, par des réformes, la puissance économique de ses adversaires, mais de laquelle il pourrait sortir politiquement perdant aux législatives du 26 février.

Source: Geopolis, janvier 2016

les salaires des hauts dirigeants font scandale

Le bilan des réformateurs au pouvoir en Iran est très contrasté. L’économie patine, et les conservateurs tirent à boulets rouges sur le gouvernement. Dernier scandale, le salaire des hauts dirigeants des entreprises et des administrations, parfois jusqu’à cent fois supérieurs au salaire de base. 

Un an après la signature de l’accord sur le nucléaire iranien, et la levée d’une partie des sanctions internationales, les Iraniens s’impatientent, et attendent le redémarrage de l’économie. Le chômage est toujours élevé, à 11%, et la croissance patine avec un petit 1%.
 
Les milieux conservateurs en profitent pour dénoncer, une fois de plus, la politique du président Rohani. Ils condamnent un renoncement politique, à cause de la signature de l'accord sur le nucléaire sans véritable contreparties, et l’échec économique. Le gouvernement est bien obligé de reconnaitre que la reprise tarde. «Nous espérons une croissance de 5% cette année», a lancé Ali Tayebnia, le ministre de l’Economie.
 
Mais dans le même temps, le porte-parole du gouvernement reconnaissait l’existence de 7500 sites de production à l’arrêt. L'Iran se plaint que les grandes banques internationales, en particulier européennes, rechignent à faire des affaires avec lui par peur de mesures punitives américaines. Selon le président Rohani, l’Iran a besoin de 30 à 50 milliards de dollars (28 à 45 milliards d’euros) d’investissements ou de capitaux étrangers pour parvenir à atteindre à terme une croissance de 8%.

Corruption et prébendes
Dans ce contexte difficile, l’affaire des salaires mirobolants de certains hauts responsables fait scandale. Au sein du ministère de la Santé, certains revenus atteignent 51.000 euros par mois, alors que le salaire de base de la fonction publique tourne autour de 350 euros. Même scandale au sein du système d'assurances d'Etat, où les salaires des responsables s’envolent.

Dans l’administration et les sociétés d’Etat, les dirigeants peuvent fixer eux-mêmes leurs salaires. Visiblement, certains ont profité de leur passage aux affaires pour s'enrichir.
Le porte-parole du gouvernement, Mohamad Bagher Nobakht, a annoncé une reprise en main. «Les responsables qui ont reçu de tels salaires seront certainement démis de leur fonction» a-t-il déclaré. Le système va également être réformé. Les salaires seront fixés par le pouvoir central.

La lutte contre la corruption a, quant à elle, bénéficié d’une publicité hors norme avec la condamnation à mort, en mars 2016, du milliardaire Babak Zanjani, accusé d’avoir détourné 2,5 milliards d’euros du ministère du Pétrole. Les faits remontent à l’ère Ahmadinejad (2005-2013) durant les années de sanctions internationales. Zanjani a joué les intermédiaires sur le marché mondial, engrangeant les commissions sur des transactions avec Singapour, la Malaisie ou l’Inde, en tout près de 16 milliards d’euros de ventes. L’homme d’affaires reconnaît en 2013 une fortune de 12 milliards d’euros.
 
L’homme est aujourd’hui condamné à mort, tout comme deux de ses associés. Cette sévérité est aussi très politique et à l’usage du peuple. La lutte contre la corruption est une priorité.

Signes de reprise ?
Le chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, vient d’apporter un sérieux soutien au gouvernement réformateur de Téhéran. Dans le sillage de la levée des sanctions liée à l'accord sur le nucléaire iranien, les échanges commerciaux entre l'Union européenne et l'Iran ont bondi. « Sur les quatre premiers mois de l'année, le commerce entre l'Iran et l'Union européenne a augmenté de 22 % » s’est-t-elle félicitée lors d’une visite en Norvège le 15 juin 2016. 
 
Patience donc, ce pourrait être le message adressé par la diplomate européenne. Autre raison d’être patient, la production d'hydrocarbures est à la hausse. Selon le ministre iranien du Pétrole, la production a atteint les 3,8 millions de barils en 2015, soit un million de plus qu’en 2013. Les exportations de brut ont également doublé pour atteindre les deux millions de barils.

A un an de l'élection présidentielle, Hassan Rohani a besoin de résultats probants pour bloquer les critiques des conservateurs. Il en a également besoin pour conserver le soutien du peuple qui lui avait largement fait confiance il y a trois ans. En négociant sur le nucléaire, Rohani a fait le pari de la reprise économique par l'investissement étranger. Mais il est encore bien timide, et sans surprise, la croissance est à la peine. 

Source : Geopolis

Vers la mise en place d'un hub financier sur l'île de Qeshm

L’Iran vient de déclarer qu’il se préparait à lancer un hub financier sur l’île de Qeshm. Objectif affiché : faciliter les transactions financières overseas du pays, lesquelles demeurent freinées à l’heure actuelle par le maintien de sanctions américaines.

Selon les medias iraniens et US, Farhad Taghizadeh – Hesary, conseiller senior de Qeshm Investment and Development Company, a déclaré que le plan mis en place visait à aider Téhéran à attirer les institutions financières sur le marché iranien.

Taghizadeh-Hesary a par ailleurs précisé à l’agence Bloomberg, que le but de ce centre financier n’était pas de se limiter au périmètre de Qeshm mais d’être une fenêtre pour tout le pays. Il a également ajouté que des banques de Chine, Russie et Japon avaient d’ores et déjà engagé des négociations en vue d’établir des bureaux de représentation dans la région, refusant toutefois  de nommer les entreprises concernées. Rappelons à cet égard que l’île de Qeshm est situé dans le détroit d’Ormuz, un endroit stratégique pour le commerce international, 20 % du pétrole mondial y transitant annuellement. Téhéran a fait de cette zone franche une région dans laquelle les règles administratives et commerciales sont allégées pour faciliter les échanges commerciaux.

« Nous avons beaucoup de projets réalisables dans les différents secteurs intéressants les investisseurs étrangers. Cependant, l’un des goulets d’étranglement est le manque d’accès à des crédits à des taux bon marché. Le centre financier peut nous aider à accéder à ce type de financement » , a ajouté Taghizadeh – Hesary.

Malgré la levée en janvier dernier des sanctions économiques prises à l’encontre de l’Iran compte-tenu de sa volonté de poursuivre son programme nucléaire controversé, les entreprises mondiales se plaignent toujours des difficultés à commercer avec le pays, en raison de craintes persistantes d’éventuelles actions punitives américaines à l’encontre de ces transactions.

La restriction des banques US d’opérer une quelconque transaction en dollar avec l’Iran constitue un obstacle majeur freinant tout particulièrement les affaires avec Téhéran. De telles mesures découragent en effet les entreprises internationales de s’attaquer au marché iranien, les paiements en dollars étant susceptibles d’obtenir l’aval du système bancaire américain.

A maintes reprises l’Iran a réitéré ses critiques envers les Etats-Unis pour leur volonté de maintenir les restrictions relatives au dollar. Mardi dernier, Mohammad Javad Zarif, le Ministre des Affaires Etrangères iranien a  déclaré que Washington devait faire davantage en vue d’encourager les banques à traiter avec l’Iran.

A noter que ces propos interviennent alors que l’Iran et Airbus sont actuellement confrontés à des problématiques de cet ordre, peinant à obtenir l’autorisation des autorités américaines pour l’achat de plus d’une centaine d’appareils auprès du constructeur aéronautique. Boeing pourrait quant à lui devoir affronter de telles difficultés pour pouvoir vendre ses avions à la compagnie IranAir.

Ainsi, le 3 juin dernier, le vice-ministre iranien des Transports Asghar Fakhrieh Kashan a indiqué que l’accord entre l’Iran et le constructeur européen attendait toujours l’autorisation des Etats-Unis.

« Nous avons discuté avec Airbus des canaux pour le financement qui ont été définis. Des banques sont prêtes à apporter le financement, mais Airbus a du retard pour obtenir l’autorisation des Etats-Unis » pour conclure le contrat, a ainsi déclaré M. Kashan, espérant que l’aval serait obtenu « d’ici fin juin ».

Airbus doit en effet obtenir l’accord de l’OFAC (Bureau américain pour le contrôle des avoirs étrangers) qui dépend du Trésor US, plus de 10% des composants des Airbus étant d’origine américaine.

Selon le site spécialisé Aviation Daily, John Leahy, directeur commercial d’Airbus, s’est récemment inquiété des dangers menaçant l’accord. « Nous devons avoir un système bancaire international fiable » pour éviter que l’accord ne soit compromis, a-t-il ainsi déclaré à Aviation Daily. Ajoutant que la question du financement devait être résolue dans les prochains mois, faute de quoi il n’y aura pas d’accord. Selon lui, « les banques sont très timides » pour faire des affaires avec l’Iran, notamment par crainte de mesures punitives américaines. Le vice-ministre iranien des Transports avait quant à lui rappelé que le protocole d’accord était de type location-vente et que les fonds devaient provenir de financements bancaires.

En vue de pouvoir vendre des appareils sur le marché iranien, Boeing et Airbus doivent obtenir des licences d’exportation de la part des autorités américaines, leurs appareils utilisant des technologies US. Mais si l’on en croit des experts du secteur, même en cas d’obtention de ces précieuses licences, la mise en oeuvre des contrats devrait prendre du temps en raison des incertitudes sur le financement, les entreprises iraniennes restant pour l’instant privées de tout accès au système financier américain.

Précisons enfin qu’en avril dernier, le président exécutif du conseil d’administration du constructeur aéronautique canadien Bombardier, Pierre Beaudoin, s’est rendu en Iran, en vue notamment de discuter  de la création d’une compagnie aérienne privée dans le sud du pays. À Téhéran, M. Beaudoin a ainsi rencontré des responsables de l’Autorité de la zone franche de Qeshm, alors que directeur de cette région, Hamid Reza Momeni, avait préalablement déjà déclaré qu’il souhaitait équiper l’île d’une compagnie aérienne privée.

Si la zone franche avait déjà indiqué qu’elle souhaitait mettre en place une compagnie privée régionale cette année, le  porte-parole de la région, Morteza Sheikhzadeh, avait  confirmé en avril dernier à Radio-Canada qu’il y avait une « compréhension de base pour la création d’une compagnie aérienne privée à Qeshm ».

Sources : PressTV.IR, Bloomberg, AFP, Radio-Canada

Vers la marginalisation de l'utilisation du dollar dans les échanges irano-russes

Selon le Directeur général de la Banque centrale iranienne,  l’Iran et la Russie pourraient arriver à un accord officiel en matière de transfert d’argent avec un recours aux monnaies nationales des deux pays. »  

 Selon l’agence de presse iranienne TASNIM , le Directeur général des affaires internationales de la Banque centrale iranienne, Hossein Yaghoubi a évoqué ce projet dans le cadre du Forum international économique de Saint-Petersbourg qui vient d’avoir lieu. Le but serait de réduire, autant que possible, la dépendance au dollar américain.

La Banque centrale iranienne avait déjà fait une proposition en ce sens à la Banque centrale russe, à savoir, comment se servir au mieux des monnaies nationales iranienne et russe dans les échanges bilatéraux. 

Yaghoubi a précisé que la partie russe était entrain d’étudier le dossier et qu’elle nous ferait part de ses remarques bientôt. Dès l’obtention de l’aval russe, les deux banques centrales devraient signer un accord et cela ne devrait pas trop tarder aux dires du  DG des affaires étrangères de la Banque centrale de la RII qui est aussi son vice-gouverneur.

Yaghoubi a appelé que cet accord serait dans l’intérêt des deux pays car il permettrait de réduire au maximum « les risques de change ».

Les relations politico-économiques de la Russie et de l’Iran sont vieilles de quelques centaines d’années. Elles portent depuis toujours sur l’énergie, l’agriculture, les communications, le domaine militaire,  etc…

Actuellement, l’Iran et la Russie souhaitent développer leurs coopérations dans des secteurs comme celui de la nanotechnologie ou des centrales électriques. Mais la finance fournit aussi un terrain de prédilection où il est question surtout de mettre sur le point un système propre à neutraliser la politique des sanctions américains contre les Etats souverains. 


Source : PressTV

Faut-il aller en Iran ?

Avec la levée des sanctions, les opportunités d'affaires se développent à vitesse grand V. L'Iran n'a rien d'un eldorado pour autant. Le marché est complexe.

Dirigeants qui n'avez jamais mis un pied à l'international, passez votre chemin. L'Iran - 5% de croissance attendus en 2016 -, n'est pas un territoire qui s'ouvre facilement aux primo-exportateurs. Ce sont 43 PME, triées sur le volet, et surtout déjà rodées aux affaires hors frontières, que la chambre de commerce et de l'industrie d'Ile-de-France a emmenées début juin pour un voyage de prospection dans l'ancienne Perse. Sur place, des représentants de Business Franceet des consultants privés les attendaient pour les mettre en relation avec de potentiels partenaires commerciaux. Estelle Gillot-Valet, responsable du service développement des marchés internationaux dans cette CCI, nous livre son éclairage sur ce pays qui, depuis la levée officielle des sanctions en janvier 2016, fait saliver bien des chefs d'entreprise.  

Quels sont les secteurs porteurs aujourd'hui en Iran?  

Dans l'énergie, l'industrie, les mines et la sidérurgie, équipementiers et prestataires de service peuvent faire des affaires. Dans les télécoms et les TIC, beaucoup de projets sont également envisageables : l'Iran est le premier marché télécoms du Moyen-Orient, et la population, éduquée, est avide de nouvelles technologies. Les secteurs de l'environnement et des services urbains sont à regarder de près également. Les Iraniens ont des problèmes sérieux de gestion de l'eau et des déchets, et plus globalement des problématiques de pollution à gérer. Sur le plan de la santé, les fournisseurs d'équipements médicaux peuvent avoir une carte à jouer, sachant que des projets de construction d'hôpitaux sont en cours. Le marché de la cosmétique est un vrai eldorado, c'est le deuxième de la région après l'Arabie Saoudite. Les Iraniennes sont notamment de grandes consommatrices de maquillage. La notoriété et l'image de la marque France dans ce domaine est un atout, même si au niveau des réseaux de distribution, cela peut être un peu compliqué. Je pourrais citer aussi le potentiel dans l'équipement agro-alimentaire ou l'équipement touristique. Pour résumer, les opportunités sont un peu partout.  

Mais le marché reste difficile d'accès...  

Les questions financières restent problématiques. Pour l'instant, la promesse de levée des sanctions ne se traduit pas dans les faits. Les entreprises françaises ont beaucoup de mal à trouver un partenaire bancaire pour les accompagner. Il existe bien des petites banques, dans l'Hexagone, qui n'ont pas d'intérêts aux Etats-Unis et qui donc, n'ayant pas peur des amendes, acceptent d'investir. Mais elles prennent des frais très importants, qui ne peuvent que rogner totalement la marge de l'entreprise. Il faut être patient, la situation va finir par s'améliorer, sans doute même du jour au lendemain. C'est l'heure de se positionner, sinon d'autres le feront à notre place. Rien qu'en Europe, les Italiens, les Allemands, les Autrichiens, ou les Suisses, sont particulièrement pro-actifs.  

A quoi ressemble le pays, aujourd'hui?  

Les dirigeants des PME que nous avons accompagnés sur la mission ont été étonnés. Les sanctions ont eu des effets lourds sur les entreprises iraniennes, mais celles-ci ont quand même su faire preuve d'intelligence pour trouver des montages légaux pour faire tourner leur activité et donc le pays. On est donc face à un pays industriel qui a fait face à ses besoins de base. Téhéran est une ville propre, le parc automobile ne fait pas honte, les services publics fonctionnent correctement. Les choses sont plutôt organisées et structurées.  

Décrivez-nous les entrepreneurs iraniens ?  

Ils ont l'habitude de travailler avec des partenaires étrangers. Ce sont de très bons négociateurs, des commerciaux historiquement réputés. Ils sont exigeants, voire impatients. Avec les Français, ils trouvent que cela va trop doucement. Ce n'est pas rare qu'ils veuillent vous faire signer "sur le champ". En ce moment, ils sont extrêmement sollicités, voient donc défiler beaucoup de monde. Il faut avoir cela en tête et faire du suivi après chaque rencontre.  

Peut-on être investisseur à 100% dans ce pays ?  

Oui, ce n'est pas comme en Chine, on n'a pas besoin de "sponsor". L'Iran s'aborde comme tout autre marché : il faut se demander quelle est la meilleure approche, d'une domiciliation "légère" à la création d'une structure avec un partenaire local. Faire appel à un volontaire international en entreprise (VIE) n'amènera pas forcément les résultats commerciaux attendus si le jeune diplômé n'est pas fortement accompagné. Mais c'est vrai dans tous les pays. En ce qui concerne les formalités à effectuer pour s'implanter, elles sont assez complexes. L'Iran est classé 118e pour la facilité à faire des affaires, dans le classement Doing Business de la Banque Mondiale. C'est dire s'il y a une marge de progression.  

Parmi les gros points noirs du pays, il y a les droits de l'homme et la corruption. 

Comment avez-vous abordé ces sujets avec les PME que vous avez accompagnés là-bas ?  

Nous avons peu abordé le sujet des droits de l'homme. La Chine est le premier pays qui pratique la peine de mort. On ne remet pas pour autant en cause le fait de faire du business avec les Chinois. Tout le monde est capable de faire le distinguo entre la politique et les individus. Les entrepreneurs français vont nouer des relations avec des entrepreneurs iraniens, pas avec le gouvernement. Et puis, l'ouverture peut amener des pays à évoluer. En ce qui concerne la corruption, nous les avons sensibilisées au risque qu'il y a à entrer dans ce jeu. 

Source : L'Express 17 juin 2016, Marianne Rey

jeudi, juin 16, 2016

Iran porte plainte contres les Etats-Unis et se rapproche de l'Europe

Un pas en avant avec les Européens, un en arrière avec les Américains. La longue marche des Iraniens en vue de leur réintégration internationale s’avère secouée de cahots. 

Téhéran a ainsi porté plainte, mercredi soir, devant la Cour internationale de justice (CIJ) contre le gel de 2 milliards de dollars d’avoirs iraniens par la justice américaine. Une décision de cette dernière contraire apparemment à l’accord sur la levée des sanctions internationales contre l’Iran décidée il y a onze mois, en contrepartie du gel du programme nucléaire iranien controversé.

Mais la Cour suprême des Etats-Unis justifie cette saisie par la nécessité d’indemniser les proches des victimes d’attentats commis ou soutenus par Téhéran ces dernières décennies, notamment ceux qui avaient frappé une caserne américaine (ainsi qu’une française) à Beyrouth en 1983. Téhéran, qui respecte ses engagements, ainsi que l’a reconnu l’Agence internationale de l’énergie atomique fin mai, accuse Washington de ne pas en faire autant. Washington réplique que les sanctions contre des activités terroristes ne sont pas concernées par l’accord sur le nucléaire iranien.

Un signal politique

Si la reprise de relations normales entre Washington et Téhéran subit là un revers, en revanche celles entre l’Iran et l’Union européenne s’améliorent à vue d’œil. La compagnie aérienne Iran Air a ainsi reçu ce jeudi l’autorisation d’exploiter à nouveau « la plupart » de ses appareils dans le ciel européen, a annoncé la Commission européenne. Une interdiction plus technique que politique, puisqu’elle était fondée sur le manque de maintenance des avions de la compagnie faute de pièces détachées. Mais cette décision envoie un signal politique, d’autant plus que le chef de la diplomatie iranienne, Mohammed Javad Zarif, préconisait le même jour des relations économiques plus étroites avec l’Allemagne, lors d’un séjour à Berlin. 

Source : Les Échos du 16 juin 2016


mercredi, juin 15, 2016

Les secteurs des économies d'énergie en demande d'investissements

La baisse des prix du pétrole pousse l'Iran vers les économies d'énergie, un secteur qui peut attirer des PME.

Président de C4E Technologies, une société d'Evry spécialisée dans les automatismes et la régulation d'énergie, le Franco-Iranien Aliréza Barari a pu profiter de sa connaissance du farsi (le persan) pour sonder les opportunités du marché iranien. Elles sont énormes. « L'Iran a pris conscience de la nécessité de réaliser des économies d'énergie. Le pouvoir veut rénover, mettre aux normes et maîtriser la production de chaleur de plus de 600.000 unités ! » Selon lui, l'Iran est un marché comme un autre, avec du potentiel mais aussi des difficultés supplémentaires. « Quand il faut une demi-journée en France pour créer une société, on est obligé de passer par des avocats en Iran. » Ces derniers vont l'aider pour les démarches administratives, mais cela engendre des coûts supplémentaires. N'ayant jamais fait d'affaires en Iran, Aliréza Barari - malgré la maîtrise de la langue - ne se sent pas particulièrement avantagé. Lors de sa visite à Téhéran, il a trouvé des Iraniens basés en Grande-Bretagne avec qui il va s'associer pour créer une société commune en Iran. « Nous voulons exporter notre savoir-faire chauffage », explique-t-il. Il faudra au moins six mois pour que les choses se mettent en place, tant les règles comptables et administratives ou financières sont différentes. Il y a aussi le risque qu'elles changent brutalement, à la faveur d'une législation.

Source : Les Échos du 14 juin 2016

Nécessaire clarification des règles françaises face à l'Iran

Les entreprises exportatrices sont pénalisées par la paralysie du système bancaire français.

L'opérateur français B to B Vivaction, qui a inventé une « square box » pour sécuriser les transactions pour les travailleurs nomades, a trouvé le partenaire iranien pour lequel il pourrait mettre en place un réseau mobile virtuel. Il est sur le point de finaliser le contrat et la question des paiements est un problème. « On a besoin d'un signal clair du Trésor comme de son aval. Il faut aussi que le système financier français passe des accords avec les petites banques qui acceptent de négocier avec l'Iran », demande Richard Marry, PDG de Vivaction. Or toutes les grandes banques françaises sont à l'arrêt, car l'interdiction américaine de réaliser des opérations libellées en dollars avec l'Iran n'a pas encore été levée. 

Dans un premier temps, le patron de PME basée à Suresnes envisage de faire de la compensation avec son partenaire pour éviter des transferts, mais cela ne pourra pas durer. Vu le manque de cash des entreprises iraniennes, les exportateurs français doivent prévoir des avances de trésorerie jusqu'à six mois, ce qui est très lourd. Les entreprises étrangères qui commercent avec l'Iran passent par des intermédiaires financiers, notamment à Dubaï, mais aussi par des petites banques des Länder allemands, des banques italiennes ou belges très motivées pour accompagner les exportateurs pionniers en Iran. Cela peut signifier un surcoût des transactions de 1,5 % à 2 %, mais « c'est le prix à payer pour avoir une longueur d'avance sur ce marché », constate Richard Marry.

Source : Les Échos du 14 juin 2016

Bond des échanges commerciaux UE-Iran après la levée des sanctions

« Sur les quatre premiers mois de l'année, le commerce entre l'Iran et l'Union européenne a augmenté de 22 % », s'est félicitée mardi 14 juin 2016 la haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, dans un point de presse donné lors d'une visite en Norvège. 

L'Iran se plaint cependant que les grandes banques internationales, en particulier européennes, rechignent à faire des affaires avec lui par peur de mesures punitives américaines.

mardi, juin 14, 2016

Tenté par les affaires avec l’Iran ? Ce qu’il faut savoir

Un marché de 80 millions de consommateurs est en train de s’ouvrir. 


L’appétit des Iraniens pour accueillir de nouveaux fournisseurs et investisseurs est réel.

Le monde entier se précipite à Téhéran. 

Les Iraniens sont impatients de profiter de l’ouverture économique promise par le gouvernement. « Les Français ont les délégations les plus performantes mais les Italiens sont très agressifs, constate un banquier iranien. Les études de faisabilité sont parfaites, le problème ce sont les grandes banques françaises qui ne suivent pas .»

Le hall du très moderne hôtel Azidi, au nord de Téhéran, est envahi par des délégations qui ne cessent de s'entrecroiser : Chine, Corée, Allemagne, Italie... Des centaines d'hommes d'affaires venus explorer la possibilité de refaire du commerce et d'investir en Iran grâce à la levée des sanctions après l'accord sur le nucléaire. 

Les Français ne sont pas en reste. Après les missions du Medef et de la CGPME, ce sont 42 PME chaperonnées par six chambres de commerce et d'industrie et le tout nouveau représentant de Business France à Téhéran, Romain Keraval, qui viennent nouer les premiers contacts en cette fin mai. Dans cette ville plutôt moderne plombée par une chaleur de 35° degrés, perpétuellement noyée sous un flot ininterrompu de voitures, le « speed dating » entre intermédiaires et chefs d'entreprise français et iraniens bat son plein dans les locaux de la Chambre de commerce et d'industrie d'Iran.

La société paraît plus ouverte qu'on pouvait l'imaginer. Les gens ont une soif de commercer et d'échanger dont je n'ai connu l'équivalent qu'en Chine », constate Pierre Garçon, PDG d'EcoMundo. La présence fréquente de femmes - dont les voiles légers et colorés sont parfois à peine retenus par un chignon haut placé -, qui ont souvent de hautes responsabilités managériales, surprend.

Les Iraniens sont impatients de profiter de l'ouverture économique promise par le gouvernement. « Les Français ont les délégations les plus performantes mais les Italiens sont très agressifs, constate un banquier iranien. Les études de faisabilité sont parfaites, le problème ce sont les grandes banques françaises qui ne suivent pas. »

Banquiers tétanisées et peu prêteurs

Le point d'achoppement est vite trouvé : comment se faire payer par des entreprises iraniennes qui manquent de fonds de roulement ? Comment réaliser des transactions et investir dans un pays avec lequel les échanges libellés en dollars sont encore interdits ?

« Les compagnies d'assurance nous accueillent à bras ouverts. Beaucoup d'industriels vont s'installer et vont prendre des commandes. Nous, on va être bloqués par les banques », se lamente Emmanuel Pellerin, directeur général de Cap Marine, un courtier d'assurances maritimes et de transport basé à Rouen.

Après les amendes records que les grandes banques françaises ont dû payer aux Etats-Unis pour avoir violé des embargos, elles sont tétanisées. « Mon banquier m'a menacé de fermer mon compte si jamais je prononçais à nouveau le mot "Iran" devant lui », ironise un chef d'entreprise.

Pour les vieux routiers du commerce en Iran, des circuits fonctionnent très bien, notamment par Dubaï. De petites banques européennes ou asiatiques, qui n'ont pas d'intérêts aux Etats-Unis, sont actives. Mais le problème du financement de projet est réel. Pour y pallier, certains Etats, comme l'Allemagne, l'Italie ou la Belgique, ont ouvert des lignes de crédit pour subventionner le commerce de leurs entreprises avec l'Iran.

                                            ***

Trois choses à savoir avant de mettre le cap sur l'Iran.

1. Se protéger avec le droit

Il faut encadrer les négociations par des accords de confidentialité avant d’entrer dans le vif des discussions. Et ne pas hésiter à encadrer le contrat par du droit français, qui a souvent inspiré la législation iranienne, comme de recourir à des juridictions françaises en cas de contentieux plutôt qu’à de l’arbitrage international, souvent très coûteux.

2. Faire sa « due diligence »

En Iran plus qu’ailleurs, les exportateurs français doivent s’assurer que leurs partenaires iraniens ne contreviennent pas aux sanctions encore en place. La détention d’un passeport américain par un manager iranien pourrait ainsi poser problème.

3.Trouver des moyens de paiement

Deux petites banques privées françaises, qui n’ont pas d’avoirs aux Etats-Unis, s’installent sur le marché des transactions avec l’Iran : Wormser Frères et Delubac & Cie. 

Source : Les Échos du 14 juin 2016

lundi, juin 13, 2016

L'Iran signe des contracts de vente de pétrole avec des entreprises européennes

L'Iran a signé des contrats de vente de pétrole brut à sept compagnies européennes, a rapporté dimanche l'agence de presse semi-officielle iranienne Mehr, citant un responsable du secteur pétrolier iranien. 

L'Iran a signé ces contrats à long terme avec Saras SpA et Eni (Italie), Repsol (Espagne), Hellenic Petroleum SA (Grèce), Total (France), Vitol Group (Suisse) et Lukoil (Russie), a fait savoir Mohsen Qamsari, directeur exécutif pour les affaires internationales de la Compagnie nationale du pétrole de l'Iran (NIOC). 

"Des contrats de vente d'environ 700.000 barils par jour (bpj) ont été signés jusqu'à présent" avec les entreprises européennes, a précisé M. Qamsari, ajoutant que les exportations vers ces entreprises ont déjà débuté. 

Les exportations de pétrole de l'Iran se sont élevées à 2,1 millions de bpj, par rapport à environ un million bpj pendant la période de sanction, et pourrait atteindre 2,5 millions de bpj à la fin de l'été 2016. 

Le nouveau Iran Petroleum Contrat (IPC, modèle de contrat nouvellement développé) est une des stratégies pour attirer des investissements et moderniser l'industrie pétrolière du pays, a déclaré plus tôt ce mois le vice-ministre iranien du Pétrole pour les affaires internationales, Amir Hossein Zamaninia. 

A cette fin, le pays élabore des projets pour attirer 185 milliards de dollars d'investissements dans tous les secteurs de l'industrie pétrolière au cours d'une période de cinq ans, a indiqué M. Zamaninia, ajoutant que 85 milliards de dollars de ces investissements iront au secteur en amont de l'industrie. 

Une fois mis en oeuvre, l'IPC, qui a remplacé les contrats traditionnels iraniens d'achat en retour (buy-back), aidera le pays à séduire des investisseurs asiatiques et européens. 

Dans le cadre de l'IPC, la NIOC établira des joint-ventures pour produire du pétrole brut avec des compagnies internationales qui seront payées avec des parts de la production. 

L'Iran et les puissances mondiales ont conclu un accord nucléaire en juillet dernier. Cet accord, entré en vigueur en janvier 2016, permet au pays de se coopérer avec des entreprises pétrolières du monde pour développer ses champs pétroliers et gaziers.

Xinhua, agence chinoise de presse


Les craintes des entreprises internationales pour investir en Iran malgré les promesses des autorités


L'Iran est un pays sûr pour les investissements étrangers, selon le ministre des Affaires étrangères

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad-Javad Zarif a déclaré dimanche que le monde devait comprendre que l'Iran était le marché le plus sûr et le plus lucratif pour les investisseurs à l'heure actuelle, selon l'agence de presse semi-officielle Mehr.

"Les ennemis de l'Iran, comme les Sionistes et l'Arabie saoudite, essaient de faire croire aux banques internationales que l'Iran n'est pas un pays sûr pour investir. Mais nous devons leur montrer que la réalité est toute autre : l'Iran est le pays le plus sûr et le plus lucratif à l'heure actuelle sur le marché mondial", a ainsi déclaré M. Zarif.

Les avoirs financiers iraniens à l'étranger, auparavant gelés par les sanctions occidentales, sont à nouveaux accessibles, et les banques étrangères sont en train de reprendre leurs relations avec les banques iraniennes, a expliqué le ministre.

"La raison pour laquelle certaines sanctions injustement imposées par les Etats-Unis sont encore en place est que nous avons toujours adhéré à une politique anti-hégémoniste", a déclaré M. Zarif. C'est également pour cette raison que l'opposition et les pressions américaines contre la République islamique ne cesseront jamais, a-t-il expliqué.

Depuis qu'un accord sur le nucléaire iranien, connu sous le nom de Plan global d'action conjoint, a été atteint au mois de janvier, les entreprises internationales se sont lancées dans plusieurs séries de discussions avec Téhéran pour reprendre leur coopération dans divers domaines.

Bien que l'Iran ait annoncé que les investissements étrangers étaient les bienvenus, notamment dans le secteur de l'industrie énergétique, les entreprises internationales ont traîné les pieds pour investir dans le pays, craignant entre autres les obstacles créés par les mauvaises relations entre l'Iran et les Etats-Unis, ou encore les complexités des transferts d'argent entrant et sortant d'Iran.

Les Etats-Unis ont maintenu leurs sanctions contre l'Iran en raison de violations présumées des droits de l'Homme et du soutien supposé de l'Iran au terrorisme, des allégations que l'Iran a pour sa part rejetées comme sans fondement.

De surcroît, Washington a récemment placé sur liste noire plusieurs organismes iraniens et étrangers pour leur implication dans le programme de missiles iraniens. Les institutions financières américaines se voient toujours interdire de se livrer à des transactions en dollars avec l'Iran.

Le maintien de ces restrictions a soulevé des inquiétudes parmi les entreprises internationales, qui craignent de tomber sous le coup des sanctions américaines si elles se mettaient à investir en Iran.

Source : l'Agence chinoise de Presse Xinhua

samedi, mai 28, 2016

Jumelage entre Gare de Lyon et la Gare de Téhéran

SNCF Gares & Connexions, filiale de la SNCF chargée de la gestion et du développement des gares, a signé lundi un accord de jumelage entre la gare de Téhéran et la gare de Lyon, à Paris.

Ce jumelage, signé dans le cadre du déplacement en Iran du secrétaire d'Etat aux Transports Alain Vidalies, avait fait l'objet d'un protocole de coopération en janvier à Paris, mais le nom des gares concernées n'avait pas été précisé.

En juillet dernier, Arep, filiale de Gares & Connexions spécialisée dans l'architecture, avait par ailleurs décroché un contrat de 7 millions d'euros pour le réaménagement et la rénovation des gares iraniennes de Téhéran, Machhad (nord-est) et Qom (centre). 

"Nous avons un contrat d'aménagement de la transformation de plusieurs gares, et l'idée de ce jumelage est de lancer une coopération pour peut-être signer demain un contrat pour l'exploitation opérationnelle de gares iraniennes en coentreprise", a déclaré à l'AFP Patrick Ropert, directeur général de Gares & Connexions.

"Les Iraniens, qui ont pour objectif de porter à 100 millions le nombre de passagers en gare de Téhéran en 2025, cherchaient une gare ayant un trafic équivalant à cet objectif", a-t-il précisé, ajoutant que la gare de Lyon combinait à la fois "des éléments historiques, du trafic RER, TGV et de trains longue distance, ce que les Iraniens cherchent à implanter à Téhéran".

Dans le cadre du contrat signé en juillet, Arep réalise déjà des études sur l'aménagement de la gare de Téhéran, qui s'étend sur 162 hectares au coeur de la capitale. "Notre premier travail est de redéfinir l'espace pour proposer de l'hôtellerie, du logement, des centres commerciaux", souligne M. Ropert. "Actuellement, une grande partie de ces espaces sert à l'entretien ou au stockage des matériels alors qu'en France nous les avons déplacés en périphérie pour mieux gérer la surface au coeur des villes".

Autre point important, selon lui, la "reconstruction de la mobilité" dans un centre-ville "très congestionné" pour "booster l'activité économique".

Actuellement, le trafic ferroviaire en Iran est surtout dévolu au fret et seuls 4% des déplacements s'effectuent par le rail. Le gouvernement iranien prévoit de faire passer à 18% en 2025 le trafic ferroviaire de passagers.

Gares & Connexions a réalisé en 2015 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires, et sa filiale Arep 94 millions d'euros.


AFP 16 avril 2016

lundi, mai 23, 2016

L'aventure iranienne des entreprises françaises

La levée des sanctions occidentales ouvre une ère pleine de promesses au pays des mollahs. Mais, des lettres d’intention à l’eldorado, le chemin est long pour les entreprises françaises qui se bousculent à Téhéran.

Le retour en fanfare d’Air France en Iran, inauguré ce dimanche 17 avril en présence du secrétaire d’Etat aux Transports Alain Vidalies et d’un aréopage de chefs d’entreprise français, avait failli mal tourner, gâché par la polémique sur le voile que certaines hôtesses de l’air refusent de porter à la descente de l’avion. Mais vite réglé « en leur proposant de voler sur la base du volontariat », précisait, au cours du vol, leur PDG, Frédéric Gagey, soucieux de ne pas s’enliser dans ce terrain sensible.

Airbus, seul gros contrat

Le flagship français revient toutefois moderato à Téhéran, avec seulement trois vols par semaine. Quand Lufthansa et Alitalia - qui n’avaient jamais cessé de desservir la capitale iranienne - en offrent déjà une dizaine, et que British Airways annonce l’ouverture de six liaisons hebdomadaires en septembre. « Notre objectif est de passer le plus rapidement possible à un vol quotidien », rassure le patron français. « Tout le monde rêve de l’Iran, mais il faut faire attention aux mirages derrière la carte postale », glisse un consultant franco-iranien chargé d’orienter les patrons d’entreprise dans les arcanes politico-religieux encore largement opaques pour eux. Air France, mais également Thales, Vinci, SNCF, Alstom, Bolloré… Il suffisait de déambuler dans la cabine business de l’A 330 tricolore pour mesurer le niveau d’ambition des entreprises françaises ici. Certains cadres faisaient le voyage pour la première fois, d’autres étaient déjà venus avec la délégation du Medef en 2015, et profitaient du déplacement d’Alain Vidalies pour suivre les dossiers décrochés en janvier, lors de la visite officielle du président Hassan Rohani en France. Pas de gros contrats, excepté celui d’Airbus.

Pour l’essentiel, des lettres d’intention et des accords de principes. « Le fameux MOU [Manifestation of Understanding], c’est le premier sésame ici », plaisante Patrick Ropert, directeur de Gares & Connexions, venu voir le patron des chemins de fer iranien. Car, en janvier, la SNCF a signé un protocole de coopération portant notamment sur l’exploitation des gares et le développement de lignes à grande vitesse. « L’état des infrastructures est obsolète, et les objectifs des autorités sont immenses, rappelle-t-il, en sortant ses fiches passées au surligneur jaune. Construire 15 000 kilomètres de voies ferrées en dix ans, en électrifier 20 %, et multiplier par quatre le nombre de voyageurs, c’est juste énorme ! » Les montants promis donnent en effet le vertige : 50 milliards dans les transports à long terme, dont 20 milliards d’ici à 2025. Les besoins aussi : plus de 400 avions, 1 000 trains, un hub international…

Hub pour concurrencer Dubai

Son MOU également en poche, Patrick Jeantet, directeur général d’ADP - pardon, de Paris Aéroport, la nouvelle signature -, compte d’ailleurs faire avancer le projet de transformation de l’aéroport international de Téhéran en une plateforme concurrente de celles de Dubai ou d’Istanbul : « Cela fait plus d’un an que l’on travaille sur ce dossier, à la fois avec Bouygues comme partenaire officiel, mais également en concertation avec Airbus. » En tenant le même discours aux autorités iraniennes sur le potentiel de développement du trafic à Téhéran, le constructeur aéronautique « fait avancer les deux causes à la fois », décrypte-t-il.

Avec Bouygues et Airbus mais sans Vinci. Car, cette fois, l’actionnaire et concurrent de Paris Aéroport a préféré défendre ses couleurs en solo, comme l’explique, assis deux rangs plus loin dans l’avion, Nicolas Notebaert, le président de la branche aéroport. « Le marché est assez grand pour tout le monde », glisse - t - il seulement. Le groupe privé vise, lui, l’exploitation des plateformes aériennes des deux principales villes du pays après Téhéran (9 millions d’habitants) : Ispahan (2 millions) et Mechhed (4 millions), premier lieu de pèlerinage chiite dans le monde. Si Vinci les emporte, ces deux contrats feraient croître l’activité aéroport du groupe privé de 10 % d’un coup !

C’est vrai que, sur le papier, la levée programmée depuis le 16 janvier des sanctions occidentales appliquées à l’Iran depuis quarante ans est pleine de promesses : « En termes de potentiel économique, c’est l’équivalent de l’intégration de l’Europe de l’Est après la chute du mur de Berlin, assure l’avocat d’affaires franco-iranien Ardavan Amir-Aslani, conseiller de PSA, Vinci, Rollier et bioMérieux. L’Iran, c’est 83 millions d’habitants, une classe moyenne éduquée qui a été ostracisée et qui a soif de consommation et d’échange avec l’Occident. »

De quoi faire rêver Jean-François Rial. « Ça va redémarrer très fort, prédit le patron du tour-opérateur Voyageurs du monde, enthousiasmé par sa visite éclair à Téhéran. On envoie déjà 800 personnes par an dans le pays. Cela peut grossir beaucoup plus, car l’Iran a le profil idéal pour nos clients : une culture millénaire, des paysages magnifiques, et une jeunesse beaucoup plus émancipée qu’on ne l’imagine en France, qui sort et fait la fête. » Mais en attendant de devenir la nouvelle Marrakech, il faudra construire beaucoup plus d’hôtels (voir encadré page 19), régler les problèmes de visas avec les Etats-Unis - ces derniers ne délivrant plus d’ESTA (leur programme d’exemption de visas) à ceux qui ont mis les pieds au pays des mollahs -, et surtout espérer que les autorités américaines lèvent vite les sanctions sur les banques européennes qui veulent travailler en Iran.

Menaces américaines

« C’est une réelle préoccupation, confie Patrick Jeantet. Car aucun établissement français ne veut faire de virement en Iran, ni monter un crédit de peur de vivre le syndrome de BNP Paribas en 2014. » Malgré l’accord sur le programme nucléaire, les Etats-Unis ont maintenu leurs sanctions sur toute personne ou entreprise suspectée de soutenir le terrorisme ou de blanchir de l’argent. Résultat : « Aucun des accords signés par Rohani lors de sa venue en Europe n’a pour le moment trouvé de financement bancaire », pointe cet avocat d’affaires, en référence notamment au contrat des 118 Airbus.

Comment rapatrier ses recettes et même payer ses fournisseurs, puisqu’il est impossible de faire un virement en Iran à partir de la France ? Entre beignets de crevettes et jus sans alcool servis à l’ambassade de France à la veille du retour à Paris, les préoccupations des invités ne portaient plus du tout sur la question du voile des hôtesses de l’air. « Des investisseurs américains nous ont prévenus que si nous nous engagions financièrement maintenant en Iran, ils seraient obligés de vendre nos actions », s’inquiétait le patron d’un groupe coté. « Les Etats- Unis terrorisent les banques européennes, mais avancent ici avec des faux nez pour rafler la mise le jour où ils lèveront les sanctions », affirmait un autre.

Fantasme ou réalité ? Seule certitude pour Hubert Védrine : « Il y a six à huit mois un peu compliqué à passer jusqu’à l’élection présidentielle aux Etats-Unis, pendant lesquels on va rester dans le flou. Les choses devraient s’éclaircir ensuite », veut croire l’ancien ministre des Affaires étrangères et conseiller spécial du groupe Air France auquel il sert de facilitateur.

En attendant, les vols d’Air France ne risquent pas de désemplir. Après la délégation des commissaires européens samedi, la visite de Vidalies dimanche, ce sera bientôt à Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, de s’envoler pour Téhéran.

Source : Challenges, 24 avril 2016, Pauline Damour 

Pourquoi le retour des entreprises françaises en Iran est complexe

Après la levée des sanctions, les grands groupes français entendent profiter de la visite du président Hassan Rohani à Paris, pour relancer les relations économiques entre les deux pays. Si Airbus va signer un contrat pharaonique avec Téhéran, certains freins subsistent.

Les entreprises françaises sont dans les starting-blocks. Une dizaine de jours après l'entrée en vigueur officielle de l'accord de Vienne et la levée des sanctions, Hassan Rohani effectue les 27 et 28 janvier, à Paris, une visite officielle à forts enjeux. Le président iranien, à la tête d'une importante délégation d'hommes d'affaires, entend relancer les relations économiques avec un pays qui était l'un de ses principaux partenaires économiques avant le renforcement des sanctions internationales en 2012.

Ce voyage doit ainsi être l'occasion d'annoncer la signature de plusieurs contrats. L'Iran va par exemple en profiter pour finaliser une commande de 114 avions civils à Airbus, un contrat pharaonique qui pourrait dépasser les 10 milliards de dollars. D'autres secteurs comme l'aéroportuaire, l'automobile, l'agriculture ou la pharmacie devraient bénéficier de cette reprise des échanges commerciaux.

Mais si l'Iran, avec un marché de près de 80 millions d'habitants, une volonté d'accueillir 30 à 50 milliards de dollars d'investissements étrangers d'ici cinq ans et des perspectives de croissance à deux chiffres, offre de beaux débouchés aux entreprises hexagonales, la reconquête ne s'annonce pas si facile. "On repart presque de zéro, l'aggravation des sanctions de l'Union européenne en  2012 a très fortement touché nos exportations", souligne une source diplomatique. Celles-ci sont en effet passées en dix ans de 3,7 milliards d'euros à 550 millions à ce jour.

"Les Iraniens ont besoin de la technologie européenne"

La fermeté de la France contre Téhéran durant les négociations de Vienne peut-elle aussi avoir un impact sur ce "restart" commercial? "Cela va jouer un petit peu au début, répond cette même source diplomatique. Les Iraniens, notamment pour les grands contrats publics, peuvent nous le faire sentir". Yves-Thibault de Silguy, vice-président du Medef International et de Vinci, qui a conduit la délégation du Medef en Iran en septembre dernier, nuance. "Il est primordial de retrouver cette confiance et c'est pour cette raison que la visite d'Hassan Rohani à Paris est très importante, indique-t-il. Mais les Iraniens ont besoin de la technologie européenne. Ils viennent de le prouver en choisissant Airbus. Ils sont pragmatiques et privilégieront la meilleure proposition. Il est de ce point de vue nécessaire que nos entreprises fassent des offres avec un fort contenu local ce qui signifie recruter des Iraniens ou dans l'automobile, par exemple, faire du montage sur place".

Durant la période de sanctions, certaines entreprises ont toutefois maintenu une présence symbolique en Iran, ce que les autorités ont apprécié. Renault a ainsi continué d'exporter des pièces pour assembler la version locale de sa Logan. Et Total a conservé son bureau de représentation et ses relations à Téhéran. "Nous avons une longue histoire avec l'Iran, précise un cadre du géant pétrolier. Mais pour envisager un retour effectif, deux conditions doivent être réunies: que le cadre légal nous permette effectivement d’y travailler et que les conditions économiques soient suffisamment intéressantes". Dans ce secteur, les majors comme Total attendent aussi le contenu des nouveaux contrats pétroliers, présentés par Téhéran à Londres fin février. Les autorités iraniennes ont promis qu’ils seront plus attractifs que les précédents, jugés trop contraignants par les majors. Mais la chute du prix du baril n'incite pour l'instant pas les pétroliers à des investissements faramineux.

Le problème du crédit

Parmi les risques bien identifiés figurent l'endettement élevé des banques iraniennes, un système juridique obsolète, la rigidité du marché du travail et la corruption. Et les entreprises étrangères hésiteront aussi à investir en Iran du fait du risque de rétablissement automatique des sanctions ("snap-back") si Téhéran ne respecte pas ses obligations sur le nucléaire. Le crédit pose notamment problème aux grandes banques françaises, qui ont des intérêts aux Etats-Unis, pays qui maintient un éventail de sanctions antérieures à la crise nucléaire et interdit les transactions en dollar avec l'Iran. "Les banques françaises sont assez frileuses sur ce sujet depuis que BNP Paribas a été condamné par la justice américaine (la banque française a écopé en 2014 d'une amende de 8,9 milliards de dollars pour avoir violé l'embargo contre l'Iran, Cuba et le Soudan, Ndlr), réagit Yves-Thibault de Silguy. Nous espérons rapidement le rétablissement de la couverture d'assurance-crédit de la Coface". Celui-ci, qui pourrait être annoncé lors de la visite d'Hassan Rohani à Paris, n'a à ce jour pas été activé.

Autre souci pour les entreprises françaises: une concurrence plus forte qu'il y a dix ans. "La France va devoir faire face à un marché bien plus concurrentiel qu'avant, les asiatiques notamment sont déjà bien positionnés et n'ont pas toutes ces contraintes de financement", explique Ardavan Amir-Aslani, avocat d'affaire et spécialiste de l'Iran, dont le cabinet a ouvert un bureau à Téhéran en septembre. Signe de ce changement, Téhéran et Pékin viennent de nouer un "partenariat stratégique" avec pour ambition de porter les relations économiques entre les deux pays à un niveau de 600 milliards de dollars d'ici dix ans. Une annonce faite il y a dix jours par Xi Jinping, en déplacement à Téhéran. Cela faisait 14 ans qu’un président chinois n’avait pas foulé le sol iranien. Pour retrouver pareille visite d'Etat côté français, il faut remonter à Valéry Giscard d'Estaing. C'était en octobre 1976.


Source : Challenge, 26 janvier 2016, Antoine Izambard