dimanche, janvier 16, 2005

Internet : Atteintes à la liberté de circulation de l'information en réseau

Avec la fermeture de près d'une centaine de journaux depuis avril 2000, Internet est devenu le média grâce auquel les journalistes peuvent s'exprimer librement et appeler à davantage de libertés et de réformes. Agacés par ce nouveau procédé, les conservateurs, comme les réformateurs, ont renforcé leur contrôle de la Toile. Depuis janvier 2003, plusieurs animateurs de site et internautes ont été arrêtés.

Les fournisseurs d'accès privés à Internet ont commencé à se développer timidement en Iran dès 1994, à l'ombre du puissant opérateur public, Data Communication Company of Iran (DCI), placé sous l'autorité directe du ministère des Renseignements. L'arrivée au pouvoir, en 1997, du président réformateur Mohammad Khatami a fait souffler un vent d'espoir sur la Toile nationale. Puis, suite à la fermeture de près de cent journaux depuis avril 2000, les réformateurs ont créé des sites d'informations comme Emrooz, Rouydad ou Alliran. Des sites féminins ont également vu le jour comme Zanan Iran ou Zan. En 2002, les Iraniens, et tout particulièrement les jeunes et les femmes, ont été conquis par le weblog, le site personnel. Cet engouement pour Internet - on dénombre au moins 1 500 cybercafés dans la seule capitale - a rapidement fait peur au régime qui a mis en place des mesures pour le contrôler.

Les fournisseurs d'accès privés doivent, pour exercer leurs activités, obtenir un agrément des ministères des Renseignements et de l'Orientation islamique. Ils disposent par ailleurs d'un système de filtrage des sites et des courriers électroniques. En outre, chaque internaute qui ouvre une connexion au Web est tenu de signer un document stipulant qu'il s'engage à ne pas consulter des sites "non islamiques".

Les propriétaires de cybercafés, très fréquentés, notamment dans la capitale, par les jeunes, les étudiants et les intellectuels qui forment le gros du "bataillon" des internautes, demandent à ces derniers de se déconnecter s'ils les surprennent à surfer sur des sites qui contreviennent aux principes de l'islam. Les sites des mouvements d'opposition ou les sites critiques à l'égard du pouvoir sont, quant à eux, hébergés à l'étranger. Ils sont très visités par les Iraniens qui parviennent à contourner la censure.

Des mesures pour museler Internet

En mai 2001, le régime a renforcé son contrôle sur les cybercafés. Quatre cents d'entre eux ont été fermés à Téhéran. Depuis, une partie a rouvert. En novembre 2001, le Haut Conseil de la révolution culturelle, dirigé par le président Mohammad Khatami mais dominé par les conservateurs, a décrété que toutes les sociétés privées offrant un accès à Internet devaient démanteler leurs installations ou transférer leur matériel vers le secteur public. Ce décret est entré en application à la fin de l'année.

Le 2 janvier 2003, Ali Younessi, ministre des Renseignements, a dénoncé "la guerre larvée" menée à travers les sites Internet qui "diffusent des rumeurs et de la désinformation sur tous les responsables et les organes du pouvoir".

En janvier 2003, une commission a été créée pour recenser les sites d'informations jugés "illégaux". Cette commission qui regroupe des représentants des ministères de la Culture et des Renseignements, ainsi que de la radio et télévision d'Etat, fournit une liste des sites "illégaux" au ministère des Postes et Télécommunications qui la transmet auprès des fournisseurs d'accès, chargés d'en assurer le filtrage. Entre cent à trois cents sites, dont la majorité de sites d'informations, seraient inscrits sur cette fameuse liste noire.

Début mai, Abdolnabi Namazi, procureur général du pays, a annoncé la création d'une seconde commission chargée des délits commis sur Internet. Il a notamment affirmé que les auteurs d'écrits publiés sur des sites créés en Iran "devaient respecter le cadre de la Constitution et de la loi sur la presse, sinon ils encouraient une action légale". "Dans la mesure où nous n'avons pas encore de loi sur les délits commis sur Internet, les tribunaux peuvent se référer à la loi sur la presse", qui prévoit de lourdes peines de prison. Cette commission a pour rôle principal d'élaborer un projet de loi sur Internet.

En mai, le vice-ministre des Postes et Télécommunications, Massoud Davari-Nejad, a déclaré que son ministère avait pris des mesures pour bloquer l'accès "aux sites immoraux ainsi qu'aux sites politiques qui insultent les personnalités politiques et religieuses du pays". Ainsi, lorsque des internautes veulent accéder à un site illégal, ils sont avertis que "suite aux instructions du ministère des Postes et Télécommunications, la visite de ce site est interdite". Des mesures ont également été prises à l'encontre des fournisseurs d'accès. Début mai, dans la ville de Tabriz (nord de l'Iran), cinq fournisseurs d'accès privés ont été fermés parce qu'ils n'avaient pas mis en place un système de filtrage pour les sites interdits. La majorité de ceux qui restent autorisés sont… gouvernementaux. A Téhéran, durant la même période, au moins sept fournisseurs d'accès privés ont été fermés pour les mêmes raisons.

Ce contrôle croissant d'Internet est apparu, au fil du temps, comme n'étant plus l'apanage des seuls conservateurs. En mai, en effet, Abdollah Ramezanzadeh, porte-parole du gouvernement, et Ahmad Motamedi, ministre des Postes et des Télécommunications (tous deux réformateurs) ont mis en garde les propriétaires des fournisseurs d'accès sur la non-application des nouvelles consignes et assuré que le système des filtrages était bel et bien légal.

Arrestation de webmasters et d'internautes

Le 16 janvier 2003, Javad Tavaf, rédacteur du site Rangin Kaman, a été arrêté à son domicile par des agents du ministère de la Justice. Son site d'informations, qui n'hésitait pas à critiquer le guide de la Révolution, l'ayatollah Khamenei, était, depuis un an, très visité. Il a été relâché le 18 janvier.

Le 18 février 2003, Mohamed Mohsen Sazegara, directeur du site d'informations Alliran, a été arrêté à son domicile par des membres des services de sécurité en civil. Son domicile, puis son bureau, ont été fouillés. De nombreux documents ont été confisqués. La semaine précédente, le journaliste avait diffusé, sur son site, un article dans lequel il appelait à une réforme de la Constitution. Il écrivait également que la volonté du peuple iranien était "prise en otage par six religieux du Conseil des gardiens" (instance, dominée par les conservateurs, dont les membres sont nommés par le Guide qui supervise les élections et ratifie les lois). Il a été libéré quelques jours plus tard.

En mars, près de soixante-dix jeunes filles et garçons ont été arrêtés à Téhéran pour avoir utilisé Internet pour organiser des rencontres et avoir des relations sexuelles interdites. Ils ont été libérés quelques jours plus tard.

Le 20 avril, Sina Motallebi, journaliste de Hayat-é-No et animateur du site Rooznegar a été arrêté après avoir été convoqué, la veille, par Adareh Amaken, une section de la police téhéranaise habituellement chargée des délits à caractère "moral" et considérée comme proche des services de renseignements. Après la fermeture, en janvier 2003, du quotidien réformateur Hayat-é-No, Sina Motallebi avait activé le site Rooznegar sur lequel il avait notamment pris la défense de Alireza Eshraghi, un journaliste de Hayat-é-No, arrêté le 11 janvier. Ce site, qui défendait notamment les journalistes emprisonnés, s'était attiré les foudres de certains réformateurs - qui y avaient été critiqués pour leur silence sur les arrestations de journalistes - et de la justice iranienne. Il a été libéré le 12 mai.

Internet utilisé aussi comme outil de propagande

La méfiance des conservateurs à l'égard du Net n'empêche pas son utilisation à des fins de propagande. Ainsi, des sites d'informations comme Daricheh.org ou Jebhe.com ont été mis en place et véhiculent les idées des durs du régime. L'université théologique de la ville sainte de Qom forme, par ailleurs, plusieurs milliers d'étudiants en informatique et de spécialistes d'Internet chaque année, afin que, selon un mollah de Qom, ils fassent "de leur savoir une utilisation à même de servir le pays et l'islam".

LIENS :

Sites d'informations :
www.daricheh.org
www.jebhe.com (en persan)
www.emrooz.org (en persan)
www.rouydad.com (en persan)
www.alliran.net (en persan)
www.ranginkamaan.blogspot.com (en persan)

Sites féminins :
www.womeniniran.com/ english.htm
www.zan.org

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